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Le don de l’Esprit offert au Gémeaux: la non-ingérence

D’après les données historiques qui nous sont parvenus, il semble clair que les cultures anciennes donnaient au mot «esprit» le sens de quelque chose de subtil, d’aérien, par exemple le vent insaisissable, le parfum des fleurs et, avant tout, le souffle humain dont l’arrêt signifie mort. Plus récemment, après de longues méditations sur le grand mystère de la mort, les sages de l’Inde parvinrent non seulement à accueillir paisiblement cet événement final, mais ils s’efforcèrent d’atteindre, pendant la vie, un état qui dépasse la pensée, un état qui permette d’être conscient de l’Esprit comme d’une essence transcendante. Ils enseignèrent une technique de détachement de tout désir qui peut seule, d’après eux, nous permettre d’entrer en contact direct avec l’Esprit.

Le principe de détachement les conduisit cependant à définir l’Esprit en se servant de négations: ce n’était ni ceci, ni cela. Aucune condition ou son opposé – bien ou mal, lumière ou ténèbres – ne pouvait définir le caractère réel de l’Esprit. Il n’était possible de s’en faire une idée qu’en énumérant toutes les choses ou qualités définissables, donc limitées, que l’Esprit n’était pas. Voilà pourquoi les grands mystiques chrétiens eux-mêmes n’ont pas parlé de Dieu comme d’un être rayonnant un état de plénitude glorieuse, car ils prenaient conscience de Sa Présence réelle dans la «chambre secrète» de leur cœur où il n’y a que silence et vide total. Ils ne pouvaient que balbutier des mots qui évoquaient un état divin de «pauvreté infinie».

Toutefois, comme le XXe siècle est vraiment l’aube qui prélude à un nouveau stade de l’évolution humaine, il faudrait donner une forme également nouvelle et plus juste à notre compréhension de l’Esprit. Cette forme prend aujourd’hui naissance dans un espace psychologique subliminal où l’activité mentale et la vie affective, les sources de l’action extérieure et le produits de la contemplation intérieure, donc le corps et l’âme, s’unissent dans la synthèse de forces et de valeurs opposées. Cette naissance mettra peut-être des siècles pour prendre une forme définie; mais nous assistons maintenant à ses préliminaires partout où se présentent des situations apparemment irrémédiables et l’angoisse de l’insécurité. Cette naissance se révèle dans nombre de termes nouveaux et de vibrations personnelles et sociales sans précédents.

Pouvons-nous donc aujourd’hui donner un sens nouveau au terme Esprit?
Peut-il évoquer pour nous un ensemble d’idées et d’expériences aboutissant à une compréhension plus large?

Nous en avons déjà donné une définition avec le signe du Bélier et du Taureau, mais on peut en suggérer une autre d’un caractère plus philosophique: l’Esprit est l’aspect fondamental d’un principe universel de relation. Dans ce sens, L’Esprit peut être considéré comme la lumière résultant de la confrontation des tendances ou de forces opposées, si toutefois cette confrontation est vécue dans un état de compréhension et de paix.

Dans la franc-maçonnerie, deux colonnes, Jachim et Boaz, symbolisent l’état universel. Visibles pour toute pensée pénétrante, ces deux colonnes se dressent là où il y a dualisme et polarisation, c’est-à-dire partout. Pour le penseur de jadis, l’Esprit pouvait être représenté par l’air qui circule entre les deux colonnes. Pour le mystique ou l’idéaliste épris de transcendance, l’Esprit est le mystère insondable qui vibre éternellement à l’intérieur de ce temps dont le seuil est gardé par les deux colonnes. Aujourd’hui ne pourrions-nous dire que l’Esprit est la lumière rayonnant de la plénitude d’être de tout homme qui, lorsqu’il est prêt à accepter sans peur toute expérience, s’avance pas à pas entre ces colonnes vers un état d’inclusion sans limites et une clarté de plus en plus intense?

Le signe zodiacal des Gémeaux est traditionnellement représenté par deux colonnes unies à leur faîte par le toit et leur base par le sol du temple à l’entrée duquel elles se dressent. Les Gémeaux symbolisent le portail qui nous permet d’atteindre le temple où s’accomplit la Destinée.

 Au travers de la porte grande ouverte souffle le vent de la Destinée. Au-delà de cette entrée fatidique le Saint des Saints est nimbé de mystère et d’une fascination mêlée de terreur. Après avoir atteint le seuil et compris pleinement en toute lucidité ce qui l’attend,  le disciple s’arrête. Dans l’ombre profonde il commence à prendre conscience de l’intérieur du temple; et devant lui se dresse le grand prêtre, face au monde extérieur et bénissant la foule.

Sur le seuil… la porte ouverte… C’est le commencement et l’endroit où il faut s’arrêter, où il faut accepter tout ce qui pourra advenir, où il faut connaître la paix qui peut seule assurer le succès à ceux qui s’avancent à la recherche de la réalité suprême. C’est là où la confrontation avec nos contradictions devient inévitable. Les immenses colonnes se dressent, apparemment menaçantes, prêtes à nous enserrer. Il faut accepter, dépasser la présence de l’épouvantable Gardien du Seuil. Elle nous force à faire face à tout notre passé, soudain concentré dans une apparence si réaliste, si inéluctable, que l’expérience en est terrifiante et peut conduire à un désespoir presque insurmontable.

Pourtant beaucoup de novices en expériences spirituelles, enfiévrés par une curiosité adolescente, sont prêts à se précipiter sans préparation vers le grand mystère. Sans faire attention aux colonnes majestueuses dont la magie si puissante ne les étonne même pas, ils rêvent de franchir le seuil du sanctuaire, brutalement s’il le faut. Que pourraient-ils y trouver? Rien que la furie vengeresse de leurs frustrations et de leurs peurs, rien que les images maintenant terrifiantes de leurs échecs les plus amers. Et ces fous reculeraient en chancelant, étourdis, aveuglés.

Au seuil du temple… C’est là où le natif des Gémeaux doit prendre conscience de ce dont il a le plus grand besoin. Une ardeur impatiente et une curiosité incessante, la recherche de sensations et de savoir encore inconnus caractérisent ce type que l’on peut facilement symboliser par l’étudiant. La jeunesse a tendance à être convaincue qu’elle peut tout connaître, que toutes les expériences possibles appartiennent à son champ d’action:

il n’est pas de porte secrète dont la serrure ne pourrait être forcée.
Avec un enthousiasme candide, le type Gémeaux s’efforce de relier des multitudes  de faits, de classer mille données, d’établir un catalogue des dieux ou des étoiles qui remplissent le ciel et d’échafauder toutes sortes d’aventures pouvant conduire au ciel
et aux enfers. Il lui faut apprendre quelque chose d’essentiel: laisser toute chose poursuivre son cours sans intervenir.

La non-ingérence. Savoir quand ne pas agir, quand s’arrêter, quand attendre: c’est un art de grande importance. Il faut surtout apprendre à ne pas agir avant d’avoir compris tout ce qui se rapporte à l’action envisagée.

Au seuil de toute expérience, nous devrions devenir tout à fait calme, immobile, à l’écoute. Lorsque nous rencontrons les deux colonnes symboliques présentes dans toutes activité, il est bon pour nous de nous incliner humblement devant elles, de les laisser nous enseigner que la nature obéit à des lois que nul ne peut briser et qu’elle suit des rythmes cycliques dominant la structure de tout être vivant.

Là où il y a vie et conditions d’existence, il y a aussi action et réaction. Les pulsations de la vie se mesurent aux flux et reflux d’une destinée qui contrôle le déroulement des évènements. Il y a sans aucun doute fructification, à plus ou moins brève échéance, pour le but et l’action qui ont été clairement envisagés et continuellement soutenus. Mais celui qui s’efforce d’atteindre ce but devrait apprendre à le laisser arriver de lui-même, non pas dans un état d’attente passive et de désir imprécis ou chancelant, mais en silence, sans agitation et dans une attitude de paix profonde qui peut seule contraindre le mystère à se révéler. On peut violer un corps, mais une âme s’ouvre seulement à celui qui sait attendre, et attendre dans un état de force et de puissance. L’ardeur du désir ne suffit pas; le pouvoir d’accomplissement réside dans la compréhension de ce que demande le but. Qu’est-ce qui attire toute chose? Le vide à l’intérieur d’un contenant si solide qu’aucune pression ne peut le faire éclater.

Une intelligence qui n’est pas surchargée de choses connues attire, par son vide, un savoir nouveau. Pour le type Gémeaux, il est difficile de saisir le sens de cette assertion; pourtant, apprendre à reconnaître la vérité qu’elle contient est peut-être le plus profond besoin de ce type d’humain. L’aptitude à laisser arriver les choses sans vouloir les précipiter ou en changer le caractère: c’est peut-être le don le plus précieux que l’Esprit peut offrir à celui qui est poussé par une curiosité insatiable et un désir passionné d’acquérir tout et n’importe quoi, le savoir ou les possessions de toutes sortes. C’est un don que l’Esprit, pour lequel tout est à jamais présent et possible, offre à celui qui accorde une valeur démesurée aux efforts déployés pour atteindre à tout prix une connaissance plus vaste, pour la simple fierté d’être conscient de plus en plus de choses.

Il est aisé de surévaluer notre faculté intellectuelle de représentation consciente. La production mentale d’images et formulations claires et logiques peut acquérir, pour nous, une valeur telle que tout ce qui ne peut être inclus dans ces structures formelles mentales échappe à notre attention, individuelle ou collective. La tension nécessaire pour la perception, l’analyse et la classification des données multiples de notre existence, nécessairement limitée, peut devenir si intense qu’il peut en résulter ce que Carl Jung a nommé, d’une manière aussi graphique qu’exacte, la «crampe du conscient». Il nous faut relâcher cette crampe et laisser les courants de l’énergie vitale se déverser normalement dans ce que j’appelle «le mentat»; sinon il serait impossible à l’homme à la recherche d’une réalité suprême de prendre conscience du pourvoir de l’Esprit, malgré tout son savoir.

Ce serait impossible parce que l’Esprit est essentiellement le rayonnement non pas d’entités particulières, mais des relations qui unissent tout ce qui existe – personnes, objets ou événements. En termes de physique moderne, on peut dire que l’Esprit est ce qui se dégage de l’ensemble du réseau cosmique formé par l’entrecroisement d’une multitude d’événements, réseau qui constitue l’essence même de l’espace.

Si nous voulons arriver à une compréhension réaliste de l’Esprit, il nous faut concentrer dans notre champ de perception mentale un ensemble de lignes de force que nous voyons alors décrire des formes complexes, souvent répétitives.

Au seuil de toute expérience, nous devons fixer intensément notre attention, mais sans hâte, sans désir d’interpréter ce qui va arriver en termes de formules familières, et dans un état de sérénité et d’ouverture au monde qui soit libre de tout partis pris.

 Il nous faut éviter d’être si tendu qu’il devient impossible à notre pensée d’accueillir l’inconnu; nous serions contraints de refouler dans l’inconscient l’intuition ou le sentiment qui cherche  à s’exprimer avec une telle force qu’il aurait constitué une menace pour l’équilibre rigide de notre conscience.
 Il nous faut apprendre à pratiquer l’art difficile d’être positif et maître de nous-mêmes, tout en permettant aux événements de poursuivre leurs cours naturel. Il nous  faut avancer en comprenant bien sûr, mû par une détermination ardente, mais en comprenant bien que rien ne peut être forcé, jusqu’au moment où frémira une vibration propice dans l’espace défini par les deux colonnes, au seuil du temps dont on devine les profondeurs par-delà l’accueillante majesté de l’hiérophante. Les colonnes, le sol et le toit du temple forment un rectangle mystique.

A l’intérieur de ce rectangle, le candidat à l’Initiation se tient debout, très droit. Il attire jusqu’au centre de son être intérieur, là où s’entrecroisent les diagonales du rectangle, l’énergie puissante qui émane des directions de l’espace: nord-est, sud-ouest, sud-est et nord-ouest.

Devant lui l’Initiateur a pris forme et lui dit d’entrer.

Sous ces symboles, celui qui cherche la connaissance de l’Esprit peut découvrir le sens profond de la série d’expériences que fait naître son désir. Si ce désir est trop impulsif, trop ardent, trop impatient, la suite des événements sacrés ne pourra qu’en être bouleversée. On n’obtient pas la sagesse d’une manière précipitée, sous la seule direction du vouloir personnel. L’être humain dans sa totalité doit être prêt à recevoir cet état de sagesse qui reflète la totalité des mouvements de la vie. Si sa source réelle est l’Esprit, la sagesse est un don. C’est un don parce que le sage l’obtient comme un tout dont le caractère est vraiment «organique». Ce n’est pas quelque chose que l’on peut bâtir par morceaux, après avoir hâtivement érigé une armature et jeté à l’intérieur tous les matériaux que l’on a pu trouver; la sagesse est un don. On ne peut contraindre la source de ce don.

Cette vérité, le type Gémeaux doit peu à peu l’apprendre; elle aussi devrait être accueillie comme un don. Il est impossible au cœur d’en comprendre le sens profond s’il se sent forcé d’en accepter immédiatement le caractère d’évidence. Une semence mûrit lentement et la sagesse a quelque chose de la nature des graines. On doit la laisser mûrir en soi, comme le développement d’un tout intégral, d’une personne – sans effort, dans un état de sérénité, de foi, d’harmonie et de beauté.

Dane Rudhyar - Tryptique astrologique – Editions du Rocher

 

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