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C. G. Jung – Dialectique du moi et de l'inconscient

Chapitre: L'«anima» et l'animus» – page 155

L’élaboration d’une persona soumise aux normes collectives auxquelles elle satisfait constitue une concession énorme au monde extérieur, un vrai sacrifice de soi-même, qui contraint le Moi à s’identifier avec la persona, ainsi qu’il existe réellement des individus qui croient être ce qu’ils représentent. Mais l’«absence d’âme» inhérente à une telle attitude ne peut être qu’apparente, l’inconscient ne tolérant en aucune façon semblable déplacement du centre de gravité...

... L’individu peut d’autant moins percevoir ses propres faiblesses qu’il s’identifie davantage à sa persona; dès lors, on comprend que l’anima, le pôle opposé à la persona, persiste relégué dans l’obscurité la plus totale, dans une nuit impénétrable à la conscience.

C’est pourquoi l’anima se trouvera automatiquement projetée, comme chaque fois qu’un contenu est à la fois inconscient et actif.

Comme il est indispensable, en vue de l’individuation, de la réalisation de soi-même, qu’un être apprenne à se différencier de l’apparence qu’il a incarnée aux yeux des autres et à ses propres yeux, de même il est indispensable, dans un but identique, qu’il prenne conscience du système interrelationnel invisible qui relie son Moi et son inconscient, à savoir son anima ou animus...

... Dès lors, de même que je puis distinguer ce que ma fonction exige de moi de ce que je veux, je puis apprendre à faire la distinction entre ce que je veux et ce que mon inconscient à tendance à m’imposer. Et tant qu’on n’a pas fait la distinction entre ces deux pôles et soi-même, c’est eux qui organisent notre vie à notre place...

...Ces puissances contraires, dans leur apparence comme dans leur finalité et parce que ces tendances contraires sont secrètement et souterrainement en rapport les unes aux autres, elles sont susceptibles de trouver leur accord dans une certaine moyenne, dans un certain compromis, qui, en quelque sorte nécessairement sourd volontairement ou involontairement de l’individu lui-même, ce dont ce dernier ne peut pas ne pas avoir une certaine prescience intuitive. Chacun a un sentiment de ce qui devrait être, de ce qui pourrait être, de ce qu’il devrait être. Ne pas tenir compte de cette intuition, s’en écarter et s’en éloigner, c’est faire fausse route, c’est s’engager dans la voie de l’erreur et, à plus ou moins long terme, déboucher dans la maladie.

Il existe chez chaque individu un lien souterrain qui fait office de centre de gravité global par rapport à l’ego qui lui tient sous sa domination le conscient.

Ce lien secret et souterrain entre les tendances contraires semble avoir une importance que l’on ne saurait surestimer. Sur le plan phénoménologique d’abord: c’est lui qui réunit les contraires en des paires opposées; sans lui, il n’y aurait dans l’individu qu’un conglomérat de forces écartelantes occasionnelles, anarchiques.
C’est ce lien qui unit ces forces et les structures en des couples de facteurs opposés, écartelants certes toujours, mais formatifs et équilibrants aussi.

Pour le dire en langage imagé, c’est grâce à ce lien que la voile, dans l’homme comme dans un bateau bien construit, s’élèvera précisément dans l’axe de la quille, ou que la selle reposera au bon endroit de la colonne vertébrale du cheval.

De la qualité de ce lien entre les forces contraires qui habitent un individu, beaucoup dépendra. Si ce lien fait défaut plus que de raison, plus que de nature, l’être mental se dissociera en éléments dès lors sans rapport les uns avec les autres; c’est l’incohérence, la folie, et le monde de la schizophrénie.
Si ce lien est trop étroit, manquant de souplesse et d’élasticité. Il déterminera rigidité psychologique, raideur du comportement et de la pensée, morbidité de la pétrification, qui déboucheront aisément dans les parages de l’obsessionnel.
 

Ainsi donc, l’équilibre de l’être nous semble dépendre pour une bonne part de la qualité de ce lien qui unit les contraires: s’il est excessif, il entraîne l’ankylose et la paralysie de l’obsession, bloquant la vie présente et l’évolution de la personnalité. Si par contre, il est en juste quantité et de qualité, il assurera un équilibre souple, une démarche aisée entre les pôles contraires, telle une bille de bel ivoire qui, ballottée entre les bandes opposées du billard, reste néanmoins semblable à elle-même.
Sur le plan doctrinal aussi, ce lien entre les contraires mérite qu’on s’y arrête. Le processus d’individuation a beaucoup surpris en effet, et il a semblé à certains une philosophie fumeuse, voire une spéculation hasardeuse et fourvoyée. Et même s’ils accordaient à Jung le mérite d’un certain empirisme, ces esprits bienveillants ne pouvaient faire mieux que de rester médusés devant un fait auquel ils concédaient une certaine dignité de découverte objective, mais qui leur paraissait totalement inattendu et imprévisible. Or à partir de cette notion du lien souterrain unissant les contraires dans l’être, le jeu dialectique, dont ce lien est le vecteur vivant et créateur, révèle que le processus d’individuation est le devenir normal de la nature contrapuntique de l’humain vivant. Fin de la note.

Mon avis et qu’il existe pour certains êtres d’aujourd’hui la nécessité de se différencier de leur persona  et aussi de leur anima, et de percevoir clairement la différence entre leur Moi, leur persona et leur anima.

Plus cette relation se fait intime et personnelle avec son anima ou animus, mieux cela vaut. C’est ainsi que l’on va tenter de donner à l’«autre côté en soi-même» l’occasion d’une activité psychique perceptible. Certes, il faut faire preuve d’une objectivité et d’une absence de préjugés peu communes pour y arriver.
C’est en permettant à cette fonction qui permet l’union des contraires à mi-chemin de se développer qu’on arrivera à un équilibre en soi.

Le fait de se dissocier d’elle, en fait un complexe autonome. C’est ce qui occasionne tant de malheurs dans la vie des êtres humains. Une femme possédée par son animus est toujours en danger de perdre sa féminité, son personnage féminin adapté, exactement comme l’homme, dans des circonstances analogues, risque de devenir efféminé. De telles transformations, de telles inversions psychologiques du sexe d’un être proviennent uniquement de ce qu’une fonction, dont la vocation est d’être intérieure,se trouve déroutée vers l’extérieur.

Si ce sujet vous intéresses, rendez vous sur ce site:

https://www.cairn.info/revue-cahiers-jungiens-de-psychanalyse-2009-1-page-43.htm



 

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