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C. G. Jung – Le Livre Rouge

Chapitre: Le château dans la forêt – page 254

Qu’en est-il de la masculinité? Sais-tu combien de féminité manque à l’homme pour son accomplissement? Sais-tu combien de masculinité manque à la femme et le masculin chez l’homme. Et ainsi il n’y a jamais que des hommes et des femmes. Mais où sont les êtres humains? Toi, homme, tu ne dois pas chercher le féminin chez la femme, mais tu dois aller le chercher et le reconnaître en toi, car tu le possèdes depuis le commencement. Mais cela te plaît de jouer la masculinité, parce que tu suis ainsi la voie toute tracée des habitudes anciennes.

Toi, femme, tu ne dois pas chercher le masculin chez l’homme, mais tu dois prendre en charge le masculin en toi car tu le possèdes depuis le commencement. Mais cela t’amuse et il est facile de jouer à la petite femme, et pour cette raison l’homme te méprise, car il méprise sa part féminine. Mais l’être humain est masculin et féminin, il n’est pas seulement homme ou seulement femme. Tu ne peux guère dire de ton âme de quel sexe elle est. Mais si tu observes précisément, tu verras que l’homme le plus masculin a une âme féminine, et que la femme la plus féminine a une âme masculine. Plus tu es homme, plus tu es éloigné de ce que la femme est réellement, car le féminin en toi-même t’est étranger et te paraît méprisable.

Si tu acceptes du Diable* une part de joie et que tu pars, ainsi pourvu, à l’aventure, tu prends ton désir en charge. Mais le désir attire aussitôt tout ce que tu convoites, et il dépend désormais de toi que ton désir te ruine ou t’élève. Si tu es possédé par le Diable, tu chercheras à tâtons, dans ton désir aveugle, à t’emparer de la diversité des choses, et tu te fourvoieras. Mais si tu restes auprès de toi-même, en tant qu’être humain qui est lui-même et qui n’est pas possédé par le diable, alors tu te souviendras de ton humanité. Tu ne te comporteras donc pas envers la femme uniquement en tant qu’homme, mais en tant qu’être humain, c’est-à-dire comme si tu étais du même sexe qu’elle. Tu te souviendras de ta part du féminin. Il se peut que tu aies alors l’impression d’être peu viril, pour ainsi benêt et efféminé. Mais il faut que tu prennes en charge ce ridicule, sinon il sera en toi dans la détresse et t’assaillira un jour sans prévenir, au moment où tu t’y attends le moins, en te rendant ridicule Il est amer pour le masculin des hommes d’admettre sa part de féminin, car elle lui paraît ridicule, sans force et sans beauté.

Et même, il semble que tu as perdu toute vertu, que tu es tombé dans l’humiliation. Il en va pareillement de la femme qui admet sa part de masculin. Oui, il te semble que c’est un esclavage. Tu es esclave de ce dont tu as besoin dans ton âme. L’homme le plus masculin a besoin de la femme, c’est pourquoi il est son esclave. Deviens femme toi-même, et tu seras délivré de l’esclavage de la femme. Tu es à la merci de la femme tant que tu ne peux pas tourner en dérision toute ta masculinité. C’est une bonne chose pour toi de revêtir un jour des vêtements de femme; on rira de toi mais en devenant femme, tu obtiendras la liberté par rapport à la femme et à sa tyrannie. Admettre sa part de féminin conduit à l’accomplissement. La même chose vaut pour la femme qui admet sa part de masculin.
Le féminin en l’homme est lié au mal. Je le rencontre sur le chemin du désir. Le masculin dans la femme est lié au mal. C’est pourquoi il répugne à l’être humain d’admettre sa propre par d’altérité. Mais si tu l’admets alors se produit ce qui est lié à l’accomplissement de l’être humain: lorsque tu es devenu pour toi-même un sujet de raillerie, l’Oiseau blanc de l’âme arrive ; il était loin, mais ton humiliation l’a attiré. Le mystère devient proche, et des choses se produisent autour de toi comme des miracles. Un éclat doré resplendit, car le soleil est sorti de son tombeau. En tant qu’homme, tu n’as pas d’âme, car elle est dans la femme ; en tant que femme tu n’as pas d’âme, car elle est dans l’homme. Mais tu deviens un être humain, alors ton âme vient vers toi.

* A propos du Diable. Chapitre: L’homme en rouge – Pages 244-245.
«C’est certainement le Diable cet homme en rouge, mais c’était mon Diable. Il était en effet ma Joie, la Joie de celui qui est sérieux et qui scrute seul l’horizon sur une haute tour…
… Je me suis confronté au Diable et me suis comporté avec lui comme avec une personne réelle. C’est dans le mystère que j’ai appris à considérer de manière personnelle et avec sérieux ces entités inconnues qui vagabondent librement et habitent le monde intérieur, car elles sont réelles parce qu’elles agissent.
Si jamais tu as cette rare occasion de parler au Diable, n’oublie pas de te confronter sérieusement avec lui. Car il est ton Diable, après tout. Le Diable est en tant que contradicteur ton propre autre point de vue, qui te met à l’épreuve et qui dépose des obstacles sur ton chemin, là où tu peux le moins t’en servir.
Prendre le Diable en considération ne signifie pas passer dans son camp, sinon l’on est possédé par le Diable. Cela signifie bien plutôt: tenter de s’arranger. Par là, tu prends ton autre point de vue en considération. Ainsi, le Diable perd un peu de terrain et toi aussi. Et cela pourrait être bon. 

 

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C. G. Jung – Le Livre Rouge

1913, premières nuits
Chapitre: Retrouvaille avec l’âme (anima-animus) page 149

La vision des flots diluviens que j’eu en octobre de l’année 1913 coïncida avec l’époque qui fut pour moi d’importance en tant qu’être humain. J’étais dans ma quarantième année et avais obtenu tout ce que j’avais souhaité. J’avais obtenu célébrité, puissance, richesse, savoir et tous les bonheurs humains. C’est alors que mon désir (Mars) de voir ces biens se multiplier s’arrêta net; ce souhait fut relégué au second plan et l’horreur m’envahit. (1) 

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